Vacarme 40 / chantier politiques du risque

l’accident automobile

par Marie-Chantal Jayet

Sans doute a-t-on pu observer, ces cinq dernières années en France, une réduction du nombre de morts sur la route. Pour autant, il reste à interroger la rationalité qui sous-tend la politique de sécurité routière.De fait, sa déconnexion d’avec le développement du transport automobile, comme l’individualisation du risque sur laquelle elle repose, apparaissent comme autant d’éléments qui relèvent d’une cohérence problématique. Et il se pourrait bien qu’en la matière, les alternatives soient à chercher dans d’autres pays européens. Décryptage.

L’engouement durable et la préférence constante des populations et des gouvernants pour l’automobile au cours du siècle passé ont longtemps eu pour pendant l’apathie fataliste des mêmes gouvernants et populations vis-à-vis du danger de la circulation automobile et des pertes humaines qu’il engendre. Après la Seconde Guerre mondiale en Europe, la croissance économique et l’essor du marché automobile aidant, la flambée des chiffres de victimes de la route à la charnière des années 1960-1970 finit par déclencher des politiques de prévention, mais elles peineront à réduire, au fil des décennies suivantes, le nombre de morts et de blessés dus au trafic automobile. Dernièrement, la réduction spectaculaire, en cinq ans, de la mortalité routière en France pourrait faire penser que, sous réserve de politique volontariste et grâce aux nouvelles technologies de contrôle automatisé des infractions, le phénomène accidentel appartient désormais à la catégorie des risques de mieux en mieux contrôlés. Le perfectionnement continu d’aides technologiques à la conduite automobile, très en vogue auprès des décideurs actuels, peut même faire accroire que les coûts humains et sociaux du transport automobile seraient enfin, sous peu, en voie de disparition. La fuite en avant technologique d’une logique de prévention qui n’a cessé de faillir fait douter du résultat, quand, depuis 1997, deux pays européens nettement plus performants que la France sur les deux dernières décennies [1] ont déjà dressé un bilan très négatif du mode individualisé de prévention en cours depuis trente ans, ont élargi l’assise de la responsabilité du risque à tous les acteurs du secteur automobile, et ont commencé à reconfigurer en conséquence le champ politique de la sécurisation du transport routier. À terme la saturation des routes, la crise des énergies fossiles et l’effet de serre pourraient finalement sonner le glas d’un arbitrage politique indexé à la croissance économique, et amender positivement la gestion du transport automobile en assujettissant sa balance économique à une sévère modération des flux et vitesses de trafic jusqu’ici favorisés. […]

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Marie-Chantal Jayet est chercheure à l’Inrets.

[1] La Suède et les Pays-Bas ont, depuis que les comparaisons chiffrées sont possibles, les taux les plus bas de mortalité routière d’Europe de l’Ouest (avec le Royaume-Uni).

publié dans Vacarme 40 été 2007

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