Vacarme 40 / chantier politiques du risque

la préférence sérologique ?

par Emmanuelle Cosse, Philippe Mangeot & Victoire Patouillard

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Depuis la révolution thérapeutique des années 1996-97, la gestion communautaire des risques de contamination par le sida, en milieu gay, a connu maints ébranlements et déchirements. Entre idéologies de la prise de risques et considérations probabilistes, et sous la menace d’une criminalisation croissante de la transmission du VIH, s’est ouverte aujourd’hui la tentation d’un entre-soi sérologique, le serosorting. À l’appui de quelles (in)certitudes ? Mise en perspective.

Depuis quelques années, un nouveau mot-valise circule parmi les acteurs et les observateurs de la prévention du sida en milieux gays : serosorting.Il s’est d’abord agi de décrire des stratégies individuelles de protection qui contournaient la norme préventive selon laquelle l’usage du préservatif s’imposerait dans tous les cas de pénétration anale. En clair : négocions, avant de faire du sexe, en fonction de nos statuts sérologiques respectifs, en cas de sérodiscordance (je suis séropositif au VIH, tu es séronégatif, ou vice-versa), employons des capotes, évitons les pratiques à risques, ou renonçons à nos projets sexuels ; en cas de séroconcordance, ébattons-nous sans inquiétude et sans protection.

Aux États-Unis, on a vu parfois des bordels organiser, au titre du serosortingdes soirées no capote réservées, ici aux séropositifs, là aux séronégatifs. Ceux qui se livrent au serosortingl’envisagent comme une technique de prévention des risques délibérée, rationalisée, et concurrente des stratégies préconisées par les acteurs institutionnels ou associatifs. Parmi ces derniers, un débat a donc commencé d’avoir lieu sur la façon dont le serosorting devait être pris en compte dans les discours et les politiques de prévention. On peut choisir d’insister sur le danger d’une pratique qui repose sur une connaissance hasardeuse du statut sérologique de chacun, alerter contre la tentation ségrégationniste qu’elle révèle, et réaffirmer les performances techniques et éthiques du préservatif dans tous les cas de pénétration. On peut, inversement, considérer ces pratiques de contournement sélectif du préservatif comme la sanction de l’échec des discours du « tout capote », et promouvoir le serosortingcomme un outil de prévention, une technologie à moindre risque qui, à défaut d’être sûre en toute circonstance, permettrait toutefois d’éviter des contaminations parmi ceux que rebute décidément l’usage de la capote.

À San Francisco, où près d’un quart des homosexuels masculins sont séropositifs au VIH, le département de Santé a récemment opté pour cette deuxième solution. […]

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publié dans Vacarme 40 été 2007

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