Vacarme 40 / lignes

« ai-je le droit d’avoir des droits »

par Jean Bérard & Gilles Chantraine

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Il y a deux manières de manquer la question politique du droit des prisonniers : la croire mécaniquement soluble dans l’immobilier et la « modernisation pénitentiaire », ou la juger inoffensive, tant les nouveaux droits tendent souvent à engendrer autour d’eux de nouveaux modes de contrôle. C’est qu’au-delà de telle ou telle aspiration concrète, la revendication de droits agit comme un révélateur : elle vient éclairer, en leur résistant, les impératifs (hier disciplinaire, aujourd’hui sécuritaire) auxquels l’espace carcéral s’ordonne, et qui sans cesse le portent à excéder silencieusement la simple privation de liberté.

Aux questions, nombreuses, posées au garde des Sceaux depuis 2002 par les parlementaires de l’opposition et parfois de la majorité sur le respect des droits de l’homme dans les prisons, une réponse est inlassablement faite : le lancement en 2002 d’un plan de construction de 13 200 places nouvelles permettra de résoudre le problème, ô combien préoccupant pour le pays des droits de l’homme. Cette assimilation du droit à l’immobilier a l’avantage de l’évidence. L’évocation de l’indignité du monde carcéral évoque d’emblée deux registres privilégiés : l’entassement, ou surpopulation, qui figure — à juste titre ! — à la fois la perte de toute intimité et la peur d’une cohabitation avec des personnes inconnues dans un espace clos ; et le délabrement, ou insalubrité, qui renvoie, selon la formule consacrée, à des conditions de vie d’un autre temps ou d’un autre lieu, Moyen-Âge, XIXe siècle ou tiers-monde, c’est selon. Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement oppose à la critique la perspective de prisons propres et neuves, où une personne et une seule prendra place dans une cellule blanche et dotée de sanitaires et de douche. Si on ajoute au tableau une télévision, une salle de sport et deux heures de promenade, qu’y aurait-il encore à redire ? Cette évidence intuitive se double d’une évidence de calcul : la France disposait grosso modo au début de la législature d’un peu moins de 50 000 places de prisons ; la politique pénale menée depuis octobre 2001 a fait passer le nombre de détenus d’un peu moins de 50 000 à un peu plus de 60 000. L’administration pénitentiaire considère que 4 000 places contenues dans 25 prisons trop vétustes doivent être fermées. Arrondissez les chiffres et le tour est joué. […]

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publié dans Vacarme 40 été 2007

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