Vacarme 41 / chantier généalogies d’une rupture
Occuper l’image, obnubiler l’adversaire : fort de ces deux préceptes simples, Silvio Berlusconi réussit durant sa présidence à rendre inaudibles toutes les oppositions et à faire de l’indéfendable son principal étendard. Alors qu’une silhouette présidentielle occulte les écrans français, jusqu’où l’analogie peut-elle être soutenue ? Anna Maria Merlo, correspondante en France du quotidien Il Manifesto, tente l’exercice.
En tant qu’observatrice italienne de la vie politique française, la campagne présidentielle et les premiers mois du vainqueur vous rappellent-ils des choses ? Notre nouveau président vous semble-t-il, comme à nous, un cousin politique de Berlusconi ?
Ils ont indiscutablement en commun une forme de personnalisation à outrance et d’hyper-communication : cette façon de se vouloir au centre de tout, d’occuper le devant de la scène, de parler sans cesse de soi. Berlusconi, c’était un « moi, moi, moi » ininterrompu. Sarkozy, c’est pareil : il pousse la monarchie républicaine à l’extrême. Mais je ne suis pas sûre pour autant que Sarkozy soit si proche de Berlusconi, ni moins encore qu’il s’en soit inspiré : pourquoi imiter un personnage aussi pathétique ? Je crois plutôt qu’ils ont une source d’inspiration commune : les États-Unis. L’un et l’autre ont voulu importer un certain style politique américain, en n’en retenant que le plus superficiel. Ils ont importé la personnalisation, la théâtralisation, l’importance donnée à la communication, sans les structures institutionnelles qui contrôlent et modèrent le pouvoir du président. L’autre aspect qui les rapproche, c’est leur excès de proximité avec les médias. Avec une vraie nuance tout de même : Sarkozy est l’ami des patrons de presse ; Berlusconi, c’est lui le patron. En fait, à vrai dire, ce sont surtout les différences qui me semblent instructives. […]
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